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Suzanne Misset-Hopes

L'envol d'une âme

Mère, sèche tes pleurs, ton enfant te regarde !
Relevé ton beau front alourdi de douleur
Un souffle autour de toi se complaît et s'attarde.
C'est mon Âme qui cherche à consoler ton cœur.

Je viens faire cesser ce mensonge terrible
De la mort que l'on veut allier au néant.
Et malgré qu'à tes yeux je demeure invisible,
Je te clame bien haut : "Mère, je suis vivant !"

Mère, écoute ma voix, que ton chagrin s'apaise.
Je suis à tes côtés, je suis à tes genoux,
Je caresse ta main et tendrement je baise
Les fils blancs que je vois dans tes cheveux si doux.

J'accours lorsque je sens que ta marche défaille
N'ayant pas oublié mon rôle de soutien,
Pénètre de fierté, je te prends par la taille
Jusqu'à ce que ton pas se règle sur le mien.

Et je quête en retour sur ta face pâlie
Un sourire éclairé de lumière et d'espoir.
L'admirable rayon que jadis en ma vie
J'ai tant de fois senti sur mon berceau le soir.

Mère, n'accuse pas la divine puissance
Qui t'a repris le fruit, l'objet de ton amour,
Car, pour moi, cette mort fut une renaissance
Une grande envolée au bienheureux séjour.

J'ai quitté sans effort mon humaine dépouille
Qui me semble aujourd'hui quelque sombre cachot
J'ai délaissé le corps que la souffrance fouille
Et mon âme est partie au gré du divin flot.

Mère, il n'est point de mots, de terrestres images
Dignes de reproduire avec fidélité
Le grandiose aspect des célestes rivages
Vers lesquels, doucement, je fus comme emporté.

Ébloui, j'atteignis un splendide domaine
Où règne sans mélange un bonheur infini
Et je goûtais enfin cette paix souveraine
Réservée aux élus du royaume béni.

Que sont pour ton enfant, ô ma bien tendre mère
Les factices plaisirs, les frêles sentiments,
Et même les beautés que renferme la terre
Auprès des éternels et divins agréments ?

Rapide et plus léger que la vive hirondelle,
Je sillonne l'espace et ses champs lumineux
Où mon regard doté d'une acuité nouvelle
Découvre avec émoi des tableaux radieux.

J'évolue à loisir parmi l’œuvre divine.
A travers les splendeurs de la création
Où la force de Dieu se ressent, se devine
Et vous oblige à vivre en admiration.

A chacun de mes pas, quelque soleil se lève
Sur des mondes nouveaux et des humanités ;
Je franchis des torrents, des montagnes de rêve,
De magnifiques forêts, des fleuves enchantés.

J'erre et parfois je muse en de fraîches vallées
Où cascadent des eaux du cristal le plus pur.
Et je vois se former d'augustes assemblées
D'êtres éblouissants de blancheur et d'azur.

Enivré, je perçois d'étranges harmonies
Qui prennent quelquefois un gigantesque essor.
J'écoute avec ferveur de douces mélodies.
D'aériens concerts chantés par des voix d'or.

Le front de ton enfant chaque jour se couronne
De roses et de lys, de merveilleuses fleurs,
Et l'odorant bouquet que ma main emprisonne.
Je l'ai cueilli pour toi dans ces lieux enchanteurs.

Aussi je ne veux plus te voir verser de larmes.
  Écoute ma prière, écoute mon appel,
Chasse le doute affreux, les horribles alarmes,
Le Seigneur a pitié du chagrin maternel.

Prie et tu sentiras ma réelle présence,
Dieu ne sépare pas les cœurs unis d'amour.
Souris, mère chérie, à la grande espérance
De retrouver ton fils bien plus beau que le jour.

Tu ne peux plus pleurer, puisque je m'émerveille
Et que l'on m'a permis de te montrer le port.
Le céleste séjour d'où, vigilant, je veille
Sur les jours de ta vie et l'instant de ta mort.

Car, lorsque sonnera cette heure magnifique,
Tu me verras debout, tel un ange vainqueur,
Et mes bras te feront un superbe portique
Pour entrer avec moi dans l'éternel bonheur !
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